Pesticides, additifs... Que contient vraiment le vin ?

D’après une étude réalisée en octobre 2017 par l’Ifop pour WWF France, 89% des Français aimeraient être informés de la présence de pesticides dans les produits alimentaires, et notamment dans le vin. Pourtant, comme le montre une récente enquête menée par franceinfo sur les ingrédients de cet alcool, très peu d’informations figurent sur les étiquettes, alors que les composants sont très nombreux et parfois potentiellement dangereux.

Les étiquettes présentes sur les bouteilles de vin donnent généralement peu d’informations sur la composition du breuvage. Afin de découvrir la liste complète des ingrédients ainsi que les valeurs nutritionnelles du vin, franceinfo a fait analyser par le laboratoire Dubernet dix bouteilles produites en 2016, dans un rayon de 50 km autour de Bordeaux. Le site d’information a choisi des vins blancs et rouges, conventionnels, bio et "naturels". Les prix des bouteilles sélectionnées étaient compris entre 4 et 17 euros. 

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Des doses de sulfites qui varient et qui ne sont généralement pas indiquées

Dans les résultats communiqués par le laboratoire spécialisé dans l’œnologie et situé dans l’Aude, on découvre que la totalité des bouteilles contient du dioxyde de souffre, parfois en grande quantité. Ce composé, généralement appelé sulfites, permet d’empêcher le développement de bactéries et l’oxydation du vin. Christophe Lavelle, biophysicien, chercheur au CNRS et spécialiste de l’alimentation, a expliqué à franceinfo qu’"une consommation élevée de souffre peut-être un problème. Mais ses effets sont totalement liés à l'individu, ça va du mal de crâne aux réactions allergiques". Tous les producteurs s’accordent à dire qu’une dose de sulfites, aussi minime soit-elle, est indispensable pour qu’un vin puisse être conservé.

Les quantités de sulfites des vins analysées par franceinfo variaient entre 10mg/L et 202mg/L. La loi autorise jusqu’à 150 mg/L de sulfites pour un vin rouge conventionnel et jusqu’à 250mg/L pour un vin blanc équivalent. Malheureusement, ces dosages ne figurent pas sur les bouteilles, étant donné que la législation impose seulement de faire figurer la mention "contient des sulfites". "Ce serait intelligent d'avoir le dosage en soufre assure Christophe Lavelle. C'est une vraie information que les gens pourraient juger".

Des résidus de pesticides trouvés

De nombreuses traces de produits phytosanitaires ont également été détectées. Dans une bouteille, il est en effet possible de trouver jusqu’à 15 molécules différentes. "Ce qui est affolant, c'est la dépendance de la viticulture à des produits dangereux. En France, 20% de tous les pesticides utilisés dans l'agriculture le sont dans les vignes, alors qu'elles ne représentent qu'un peu plus de 3% de la surface agricole" a déclaré l’association Générations futures à propos de ces observations. 

L’association s’inquiète par ailleurs de la présence d’agents chimiques qui ont, à moyen ou long terme, "des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction" selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Dans quatre bouteilles, les chercheurs ont par exemple détecté des traces de carbendazime, une substance interdite depuis une dizaine d’années. Dans la moitié des bouteilles, la phtalimide, une molécule liée à l’utilisation d’un pesticide, a été trouvée et est "susceptible de provoquer le cancer" d’après l’INRS. 

Les molécules dangereuses sont présentes en très faible quantité. "Sur les 10 vins analysés, aucune non-conformité au règlement européen régissant les résidus de pesticides dans les aliments n'est relevée" a expliqué Vincent Bouaaza, analyste au laboratoire Dubernet, à franceinfo. Pour l’association Générations futures, il reste cependant "des risques d’effet cocktail" lorsque les molécules sont associées. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a fait savoir qu’elle contrôlait la présence des phytosanitaires dans les vins. Sur les bouteilles analysées, deux vins "naturels" et un vin bio ne contenaient aucun pesticide de synthèse.

Un manque de transparence qui n’est pas forcément synonyme de nocivité

Par ailleurs, sur les dix vins étudiés, quatre contiennent de l’acide ascorbique et un de l’acide métatartrique. Ces additifs permettent d’éviter les dépôts, ainsi que l’effervescence des vins. Leur utilisation n’est pas dangereuse pour la santé mais là encore, leur présence n’est pas indiquée sur les bouteilles. 

Dans la viticulture conventionnelle, une cinquantaine d’autres produits sont autorisés, à commencer par les "auxiliaires technologiques" comme de la colle à poisson ou des protéines de lait et d’œuf, utilisés lors de la transformation du produit. S’ils ne sont pas nocifs, ces composants ne sont pas non plus indiqués. "On réclame la transparence totale sur l'étiquette" a d’ailleurs déclaré Foodwatch, association de défense des consommateurs, à franceinfo.

Il est extrêmement difficile d’établir la liste complète des ingrédients utilisés pour fabriquer du vin. "Une grande partie de ces intrants ne laissent aucun résidu dans le vin après filtration, ou certaines molécules sont déjà présentes naturellement" a en effet expliqué Vincent Bouazza, expert du laboratoire Dubernet, à franceinfo. La plupart des vignerons ont d’ailleurs refusé de communiquer leur recette complète, notamment parce que la législation ne le leur impose pas grâce une dérogation au règlement de l’Union européenne concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires. Pour remédier à cette situation, l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie demande à ce que "la Commission européenne aligne les règles d'étiquetage des boissons alcooliques sur celles en vigueur pour les autres produits alimentaires".

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