Attentat de Trèbes : les dernières minutes glaçantes du colonel Arnaud Beltrame

Certains détails du dossier d’instruction de l’attentat de Trèbes, qui détaille le face-à-face entre Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim, viennent d’être dévoilées par Le Parisien. En se basant sur le rapport du GIGN, le quotidien a mis en évidence une divergence avec des informations dévoilées en avril dernier au sujet du délai entre l’appel de détresse du colonel et le lancement de l’assaut.

Lors de l’attentat au Super U de Trèbes, dans l’Aude, Arnaud Beltrame s’est sacrifié en se substituant à une otage retenue par Radouane Lakdim. Ce geste héroïque a coûté la vie au lieutenant-colonel, qui a succombé à un coup de poignard au niveau du cou porté par le terroriste. Quatre mois plus tard, Le Parisien a eu accès au dossier d’instruction et a découvert qu’une partie du rapport du GIGN ne correspondait pas aux informations que le quotidien avait obtenu de plusieurs sources en avril dernier.

Le jour de l’attentat, Radouane Lakdim s’est garé sur le parking du Super U à 10h39. Peu de temps avant, le délinquant de 25 ans fiché pour radicalisation a abattu un homme et grièvement blessé un second à Carcassonne. Il a également ouvert le feu sur un groupe de CRS en plein footing, touchant l’un d’entre eux à l’épaule et au poumon.

En entrant dans le supermarché, le terroriste abat un employé et un client avant de prendre en otage une caissière, avec laquelle il se réfugie dans une pièce située derrière l’accueil. A 11h24, les gendarmes du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Carcassonne arrivent sur place. Ils se positionnent tout autour du supermarché. Arnaud Beltrame, le plus haut gradé des officiers, se trouve parmi eux.

Les gendarmes découvrent que Radouane Lakdim retient une personne en otage. Un premier négociateur est rapidement interrompu par Arnaud Beltrame lors de son échange avec le terroriste. Le lieutenant-colonel prend le contrôle de l’opération et décide d’avancer vers Radouane Lakdim afin qu’il libère la caissière. Cité par Le Parisien, le négociateur a raconté avoir vu l’officier supérieur se diriger "vers l’individu en lui disant : 'Lâchez-la et prenez-moi à sa place'".

Arnaud Beltrame se sépare à ce moment-là de son ceinturon et avance en écartant les bras. Le terroriste relâche de son côté son otage et les gendarmes n’ont pas la possibilité de le maîtriser. "À aucun moment je n’ai eu de fenêtre de tir car il y avait soit la femme prise en otage, soit le colonel" a en effet déclaré le commandant du PSIG. 

"Un brouhaha […] pendant trente secondes" d’après le GIGN

Pendant qu’Arnaud Beltrame et Radouane Lakdim s’isolent dans la pièce derrière l’accueil, les gendarmes évacuent la totalité du supermarché. Le GIGN de Toulouse arrive ensuite sur place et prend en charge les négociations. Un plan d’assaut d’urgence est mis en place au cas où la situation dégénèrerait entre l’officier supérieur de gendarmerie et le terroriste. Lorsque le négociateur du GIGN entre en contact avec Arnaud Beltrame, il est plus de 14h. Acceptant le dialogue, Radouane Lakdim exige alors "qu’on fasse un échange : le lieutenant-colonel gendarme contre Salah Abdeslam, Fleury-Mérogis". Pour tenter de dissuader le terroriste, le négociateur lui parle de sa mère mais Lakdim reste impassible. 

Quelques minutes plus tard, Arnaud Beltrame lance l’appel de détresse suivant : "Attaque… Assaut, assaut". Le négociateur ne prend pas conscience de l’ampleur de la situation, questionnant à plusieurs reprises le lieutenant-colonel mais ce dernier ne répond plus. À ce moment, Arnaud Beltrame agonise après avoir été égorgé par Radouane Lakdim.

Un flou subsiste sur le temps de réaction du GIGN suite à l’appel de détresse de l’officier supérieur de gendarmerie. Une source proche du dossier a affirmé au Parisien que "la retranscription ne rend pas compte de la situation extrêmement confuse au moment des faits". Cette même source a ajouté : "Ce qu’on identifie après coup comme des râles n’a pas forcément été perçu comme tel dans le feu et le bruit de l’action".

En avril dernier, Le Parisien affirmait, d’après les informations de plusieurs sources, qu’environ dix minutes se seraient écoulées entre les dernières paroles d’Arnaud Beltrame et l’assaut. Le GIGN a affirmé dans son rapport de synthèse qu’il y aurait seulement eu "un brouhaha […] pendant trente secondes" entre l’appel de détresse du lieutenant-colonel et les coups de feu. Contactée par Le Parisien, la direction générale de la gendarmerie a refusé toute nouvelle déclaration.

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