"Ligue du lol" : qui se cache derrière le groupe Facebook accusé de harcèlement sur les réseaux sociaux ?

Des dizaines de témoignages publiés le week-end du 9 février 2019 sur Twitter ont mis la lumière sur la "Ligue du lol", un groupe Facebook de personnalités influentes des réseaux sociaux, accusés de nombreuses campagnes de cyber-harcèlement depuis 2010.

Difficile d'être passé à côté de la polémique à moins d'avoir passé ces derniers jours très loin des réseaux sociaux : depuis ce week-end, des dizaines de témoignages affluent sur Twitter pour dénoncer les agissements de la "Ligue du lol", un mystérieux groupe Facebook actif notamment entre 2009 et 2013, et régulièrement accusé de cyber-harcèlement à l'encontre (entre autres) de femmes journalistes et de féministes, comme le rapporte Libération.

Ce groupe, composé au départ d' "une quinzaine de mecs et deux ou trois filles", comme l'explique Vincent Glad, créateur de la "Ligue du lol" en 2009 et journaliste à Libération, s'est longtemps adonné au "trolling" sur Facebook mais aussi (et principalement) sur Twitter. Outre de nombreuses campagnes de dénigrement très ciblées, certains témoignages rapportent des canulars glaçants, allant parfois jusqu'à l'intimidation "IRL".

"Toute personne visible (...) méritait d'être moquée"

"Ils sont même allés jusqu'à se rendre sur mon lieu de travail. Ils étaient cinq et m'ont entourée physiquement. C'était extrêmement intimidant. Ça m'a traumatisée", explique notamment la journaliste Florence Porcel, pour qui "tout a commencé en 2010" alors que la jeune femme travaillait depuis deux ans pour une émission de télévision, explique-t-elle à franceinfo, après avoir publié un long témoignage sur son compte Twitter.

Un grand déballage public qui a provoqué des réactions en chaîne. Face à la multiplication des témoignages édifiants, quelques membres de la fameuse "Ligue" se sont fendus de mots d'excuse durant le week-end. Parmi ces repentis, on retrouve David Doucet (Les Inrocks), Alexandre Hervaud (mis à pied par Libération ce 11 février), Vincent Glad (Libération), Henry Michel (du label indépendant Riviera Ferraille) et une poignée d'autres noms principalement issus des milieux médiatiques (journalistes, photographes, communicants...). Les membres de la "Ligue du lol" ont ce point en commun : évoluer dans un microcosme parisien très fermé depuis une époque où les réseaux sociaux étaient "une grande cour de récré" où "toute personne visible (...) méritait d'être moquée", explique Vincent Glad.

Sur Twitter toujours, Marlène Schiappa a déclaré à propos de l'affaire : "Tout mon soutien et ma solidarité aux blogueuses et journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la #LigueDuLol ". Dimanche soir, le secrétaire d'État chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, dénonçait de son côté des "moqueries" de "loosers (sic)" qui "ont eu un impact dans le réel". "Les victimes de cyber-harcèlement doivent pouvoir s’exprimer, et eux, j’espère qu’ils ont honte", a-t-il notamment affirmé sur BFMTV.

"Il ne m’a plus jamais emmerdé"

Outre les femmes journalistes et les féministes revendiqué(e)s, la "Ligue du lol" s'attaquait régulièrement aux hommes jugés "pas assez virils", aux hommes (et femmes) non-blancs, rapporte Madmoizelle en s'appuyant sur de multiples témoignages. Parmi eux, Benjamin LeReilly (pseudonyme) explique avoir mis fin aux agissements de la "Ligue" après une rencontre musclée avec l'un de leurs membres. "Je l’ai attrapé par le col. Je n’ai pas lâché. Il m’a frappé les mains, je n’ai pas lâché. Le vigile du bar m’a demandé de sortir (...) J’ai proposé à Renaud (Renaud Aledo, Ndlr) de me suivre, qu’on finisse la conversation dehors. Il a passé le reste de la soirée au fond du bar à se plaindre de notre interaction. Il ne m’a plus jamais emmerdé", a ainsi raconté l'anonyme.

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D'après Le Monde, cette polémique trouverait sa source dans un tweet lancé par Thomas Messias, journaliste à Slate, ce lundi 4 février : "Il est beau le journaliste modèle qui joue les exemples après s’être bien amusé au sein de meutes de harceleurs de féministes. Il est beau.". Un tweet lourd de sens auquel a répondu Alexandre Hervaud : "Pas sûr de qui vise ce courageux subtweet, (...) ils ne digèrent pas qu'une personne en particulier puisse vraiment changer".

Une réponse qui en a entraîné une autre, signée Aïcha Kottmann, journaliste spécialisée dans les séries, qui explique dans un "thread" sur le réseau social : "Changer c'est bien. S'excuser auprès des personnes que vous avez harcelées, ce serait mieux (...) mon fil s'adresse à tous les membres de la Ligue du lol de l'époque, qui s'en prenaient aux féministes, aux neuroatypiques, etc. Vous avez peut-être oublié, mais les personnes à qui vous avez fait du mal ont une meilleure mémoire".

Ils étaient pourtant prévenus : Internet n'oublie jamais...

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